| Poème
de Florence Imbert, alias Mme Jean,
réfugiée
à Saint-Sozy en 1941.
Vie du village, ses habitants, leurs métiers....
Dans
le bourg de Saint-Sozy
Gens d’hier et d’aujourd’hui
En souvenir de mon séjour
24 septembre 1941
Florence Imbert

Page
de couverture de ce petit carnet fait à la main.

double
page intérieure
Je
vous présente Monsieur le Maire
C’est vraiment un homme intègre
Quand on désire lui parler
Il vous reçoit avec bonté
Il n’a pas de préférence
N’aime que la bonne entente
Aussi il est bien estimé
De tous ses administrés
Il
y a le sonneur de cloches
Qui fait tinter ses galoches
Quand il descend du Coustalou
Il fait toujours hou hou hou
Il sonne il carillonne
Le carillonneur carillonne
Quand il a fini de carillonner
Il va enfin déjeuner
Dans
le bourg de Saint-Sozy
Moi je vous le dis
C’est le paradis
Georges
Rougier l’ébéniste
Vous le savez c’est un bon type
Pendant qu’il fait des meubles de sapin
Sa femme est au magasin
Elle est devenue épicière
Cela c’est son affaire
Les canards la biquette les lapines
Elle fait tout marcher bon train
Le
charron de notre village
Est vraiment un type à la page
Il vous a un de ses sourires en coin
C’est un type assez malin
Il est un peu asthmatique
Mais il adore la musique
Car dans le temps Taurisson le charron
Jouait aussi de l’accordéon
Dame
Péméjac la métayère
Est bien gentille et pas fière
Quand on désire du ravitaillement
Elle vous reçoit gentiment
Et quand elle a trop d’ouvrage
Pour la cuisine le ménage
Elle demande du monde pour l’aider
On’s dispute pour y aller
Fernand
l’accordéoniste
Est un être assez typique
Avec ses petits yeux noirs et brillants
Il est vraiment épatant
Il interprète la musique
Avec son air ironique
Et vous envoie des tangos des rumbas
Pourvu que le pognon soit là
Avez-vous
vu l’Espagnole
On dit qu’elle fait sa mariolle
En dépensant un argent fou
En toilettes et en bijoux
Mais elle est calme et sereine
Avec sa démarche fière
Vous dit Moi et ma Carmina
Je vous envoie au tra la la
Le
forgeron sur l’enclume
Lève son marteau comme une plume
On le voit dans sa boutique de verre
J’ai nommé Robert Veyrière
Il a des fois mal a la tête
Car il ferre aussi les bêtes
Mais il mène tout tambour battant
Notre Maréchal Ferrant
Sa
femme Jeanne la coiffeuse
Est toujours très gracieuse
Elle vous coiffe élégamment
Quand on lui en donne le temps
Elle embellit la jeunesse
Et rajeunit la vieillesse
Grâce à son merveilleux doigté
On est presque des beautés
Il
y a le barbier de la ville
Bien sûr pas celui de Séville
Quand il a fini de soigner ses bœufs
Il revient couper les cheveux
Et quand en foule la pratique
Se presse dans la boutique
Il demande à sa femme de l’aider
Les hommes sont bien vite razés
Les
gars les filles du village
Aiment beaucoup le tapage
Quand on donne une représentation
Il y a toujours des discutions
On parle on parle on bavarde
La langue marche au pas de charge
Les pauvres artistes sur le plateau
Ne peuvent pas placer leurs mots
Les
dames Pugnet les modelistes
Ont vraiment des doigts d’artistes
Elles vous font des chapeaux dernier cri
A la mode de Paris
Quand elle pose une voilette
On est forcée d’être coquette
Dans leurs doigts quelques mètres de ruban
Deviennent un chapeau élégant
Si
vous voulez de belles robes
Comme sur les grands catalogues
Vous pouvez vous adresser sans tarder
Aux couturières du quartier
Elles sont capables et pas chère
Vous verrez c’est une affaire
Vous serez toujours bien habillé
A des prix très bon marché
Pour
ceux qui fument la pipe
Il y a la buraliste
Elle vous vendra cigarettes et tabac
Et aussi de l’alpaga
Toile organdi satinette
Car elle a deux commerces
De la rayonne du satin
Pourvu que vous ayez des points
Mme
Florence porte pantalon
D’autres des bas en tirebouchons
Y en a qui se promène la goutte au nez
C’est un peu moins bien porter
Tout ça c’est pas notre affaire
Qu’est-ce que ça peut bien nous faire
On n’empêchera pas les gens de parler
Ni la rivière de couler
Il
y a une pauvre artiste
Pensez si on la critique
De la plus jeune à la mère grand
On la déchire à belles dents
Mais elle fait la sourde oreille
A toutes ces langues de vipères
Cela lui permet de composer
Et de faire des bouts rimés
Moqueurs
et moqueuses du village
Ne sont pas très à la page
Ils croient toujours faire de l’esprit
Mais ils font seulement dépit
Ils rabâchent ils rabâchent
Et seraient mieux sous une bâche
Ils voient la paille dans l’œil du voisin
Mais eux ont une botte de foin
Je
vais vous dépeindre une silhouette
Il lui manque la houlette
Il se munit simplement d’un bâton
C’est le marchand de mouton
Avec son chien et sa chienne
Il va quelques fois les faire paître
On peut le voir de son pas cadencé
Les mener en rangs serrés
Madame
Laurent la boulangère
Bien sûr pour ce genre d’affaire
Que l’on nomme communément le pain
Il n’y a qu’elle dans le patelin
Vous entrez dans la boutique
Vous vous plaignez de la république
Elle vous répond de son air malin
Ah oui, on est dans le pétrin
Le
maçon Georges Lespinasse
N’est pas le type du molasse
Quand on le voit sur la route du Pigeon
Georges à vraiment bonne façon
Il a un sourire aimable
Des yeux noirs un gai visage
Et fait du travail bien soigné
Car il connaît son métier
Demoiselle
Yvette la factrice
Est toujours sur la même piste
Vous la voyez sur tous les chemins
Pédalant avec entrain
Elle a une belle prestance
Mais ne fait pas la pédante
Et le dimanche pour se reposer
Elle repart pour aller danser
Notre
facteur receveur
Est un homme à la hauteur
Vous le verrez il a quelques coudées
Et fait de grandes enjambées
Sa dame est bien aimable
N’aime pas les bavardages
Quand on lui demande un renseignement
Elle ne ménage pas son temps
Les
deux institutrices
N’écoutent pas les caprices
Que pourraient avoir les enfants
Les petits comme les grands
Elles auraient fort à faire
D’écouter les plaintes amères
Et accomplissent leur devoir strictement
Sans s’occuper des cancans
L’épicier
et l’épicière
Possèdent une grande terre
Pendant que le mari va aux champs
Sa femme reste dedans
Dans sa petite boutique
Avec les tickets quelle musique
Car il y a des mécontents
Pour le ravitaillement
Ils
font un autre commerce
Je parle de la buvette
Pour abreuver les gens constamment
Surtout en ce moment
Et quand le pinard s’amène
Vous parlez d’une fête
Il faut qu’elle reste incrustée sur son banc
Car le vin coule lentement
Pour
visiter les beaux sites
Il y a les deux garagistes
Qui prendront les inscriptions
Pour vous mener en excursion
En ce moment il faut attendre
Ils n’ont presque pas d’essence
Mais il ne faut pas désespérer
Ca finira par arriver
Si
vous allez en vacances
Donnez votre préférence
Allez donc visiter ce bourg joli
Que l’on nomme Saint-Sozy
Car les gros propriétaires
Vous inviteront c’est une affaire
A déguster les produits du pays
Le vin la mique les confits
Si
vous usez vos chaussures
Allez donc c’est plus sûr
Chez notre ami le cordonnier Andral
Car il n’a pas son égal
Sa femme tient bien le ménage
Son petit reste bien sage
Pendant que lui en moto en auto
Tâche de trouver de la peau de veau
Monsieur
Jean Lacassagne
A la laiterie à sa charge
Il s’en acquitte d’ailleurs fort bien
Et fait du beurre extra fin
Il a un goût de noisette
C’était bien une fête
Quand on pouvait en déguster
Maintenant il faut s’en passer
Le
menuisier du Rocher de Monge
A toujours la même rubiconde
Il a trois chiens pour le garder
Et un âne pour le promener
Si vous lui portez du maïs
Il le mettra en farine
Ou bien portez-lui votre blé
Il le moudra sans tarder
Si
vous voulez une côtelette
Allez chez le boucher qu’est chouette
Que ce soit du veau du porc du mouton
Tout ce qu’il vend c’est du bon
Si vous allez de bon matin
Vous le trouvez son bol à la main
De vous servir il est si empressé
Qu’il ne prend pas le temps de déjeuner
Le
tailleur de ce village
A toujours beaucoup d’ouvrage
Car on le voit toujours courant
Il ne perd jamais son temps
Il vous fait de beaux costumes
Bien coupés sur mesure
Comme les tailleurs de Paris
Mais plus modeste comme prix
Saint-Sozy
possède son poète
Monsieur Longuaye les jours de fête
Nous récitait ses vers les plus beaux
Il a eut un prix aux jeux Floreaux
Il fait aussi de la prose
Mais ne le fait pas à la pose
Et a deux beaux métiers en même temps
Il est poète et paysan
Les
deux hôtels du village
Ne sont pas du moyen âge
Que ce soit chez Louradour ou Grangier
On est aussi bien soigné
Les deux hôtesses sont aimables
Et aussi très capables
Elles vous cuisinent des plats de premier choix
A vous en lécher les doigts
Connaissez-vous
la bergère
Elle se nomme Marie-Claire
Elle a de beaux yeux vifs et brillants
Et un sourire charmant
Avec ses belles boucles brunes
Grand chapeau selon la coutume
Dès le matin par monts et par vaux
Elle conduit tout son troupeau
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