Saint-Sozy, très beau village de caractère, dans le Lot, France,
à proximité de Rocamadour, Padirac, Cahors, Souillac, Martel.


toile de Roger Delbreil


place du village
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La vie à Saint-Sozy au début du 20ème siècle :

Récit de Jeanne Veyrière, née Lafaurie en 1906 - écrit en 1989
Avec l'aimable autorisation de M. Pierre Veyrière, son fils, résidant à Saint-Sozy.
Le texte est accompagné de quelques cartes postales anciennes.

Saint-Sozy, d'après certains érudits devrait son nom aux reliques d'un saint italien (Sozii) apportées par les Romains lors de l'occupation de notre pays. Jusqu'à la Révolution nous dépendions de la vicomté de Turenne; Meyronne était rattachée à la commune de Saint-Sozy ainsi que Flayrac qui devint commune en 1946. Se doute-t-on en cette année 1989 comment ont vécu les générations qui nous ont précédés?
Par les récits de mes qrands parents, je peux remonter à plusieurs générations.
Jusqu'à la guerre de 1914/18, la vie des gens à la campagne était restée à peu prés inchangée, soit économiquement, soit dans les moeurs (les hommes étaient les patriarches et les femmes soumises, je parle-là de la génération de mes grands-parents). Comme leurs moyens d'existence dépendaient
surtout de la terre, si une année les récoltes étaient mauvaises, c'était la disette. A ce sujet je veux faire une mise au point. A cette fin de siècle où nous vivons, l'ère de la bombe atomique, des voyages dans la lune, des robots et de l'informatique, lorsqu'arrive une catastrophe naturelle, nous pensons que ce sont-là les effets du proqrès, mais il y en a toujours eu. Je vais remonter seulement à mon grand-père paternel qui me racontait : il était né en février 1845, ses parents avaient quelques lopins de terre et ils vivaient là-dessus; mais en 1852 à la suite d'une grande sècheresse, il y eut vraiment la famine pour les gens comme eux; pour que les autres puissent survivre, mon grand-père, 7 ans et son frère Julien d'un an plus âgé furent loués comme bergers à la Borgne (ce qui reste de cette propriété est devenue un centre de colonie de vacances). Leur mère était si malheureuse et si inquiète que tous les soirs, elle allait coucher avec eux dans la cabane. Donc cette année-là, pas une goutte de pluie. Plus tard en 1866, "l'onnado del grand oïqa", l'eau recouvrait toute la plaine, de sur le pont on touchait l'eau avec un parapluie, ce pont avait été construit vers 1855, il était suspendu et en bois. Par mon grand-père maternel. En 1870 il fit si froid qu'entre Lanzac et Pinsac on traversait sur la Dordogne qelée avec les boeufs et la charrette chargée de bois. En 1917,un orage, plutôt un cyclone: la plaine était jonchée de noyers arrachés, chez mes parents sur leur petite propriété, il y en eut 42. Les routes étaient impraticables, c'était la guerre et tout le monde attendait le courrier; on s'organisa pour aller à pied le chercher à Souillac. Elles furent dégagées par des équipes de prisonniers Allemands et Russes.
Comme quoi les calamités n'avaient pas attendu le proqrès. Et maintenant entrons dans notre siècle.
Je suis née en 1906, et je pense que cette génération a été le témoin des plus qrands chanqements. Au début de ce siècle et jusqu'à la guerre de 14-18, nous vivions presque comme au Moyen-âge. Les châtelains mis à part, les maisons n'avaient aucun confort, les grandes cheminées avec leur cantou servaient pour la cuisine, on accrochait les marmites à une crémaillère, les cocottes allaient sur la braise devant le feu; les pauvres ménaqères se brûlaient bien un peu le nez pour faire leur repas. C'était aussi le seul chauffage pour la maison. Mais l'hiver lorsqu'il gelait dehors, il gelait aussi dedans, et souvent on cassait la glace pour se débarbouiller. L'hiver les grandes ablutions se faisaient dans un grand chaudron de cuivre, le soir devant la cheminée. Pour chauffer le lit, nous avions des "moines" constitués de planchettes de bois reliées entre elles par des morceaux de tôle, et on y accrochait, écartant les draps, une casserole spéciale remplie de braises; il y avait aussi les bassinoires mais c'était moins agréable. Quel plaisir de rentrer dans un lit chaud quand la chambre est glaciale!. Les repas étaient surtout à base de légumes, de pain et d'oeufs. Un cochon tué chaque année et quelques oies, conservées au sel ou sous la graisse assuraient la viande pour l'année et la matière grasse. Avec les noix on faisait de l'huile, chaque pays avait des pressoirs à huile; cette huile se conservait pour l'année, soit dans des jarres en terre cuite, soit dans des bacs de pierre. Les huiles de deuxième pression alimentaient les calels qui éclairèrent les maisons jusqu'à l'arrivée des lampes à pétrole vers la fin du siècle dernier; on prétendait alors que cette lumière trop vive rendrait les gens aveugles.
Les gens faisaient eux-mêmes leur pain. Il y avait des fours communaux et ceux qui s'en servaient, payaient en commun le fournier qui le chauffait, enfournait et sortait les tourtes cuites. Pour reconnaître les leurs, chaque famille avait sa marque propre et le fournier était payé à la pièce. Nous faisions le pain tous les samedis pour la semaine et il était très bon. Pour faire de la farine avec notre blé, il y avait de nombreux moulins à eau. Dans mon enfance j'ai vu quelques champs de chanvre.
Jusqu'à la fin du siècle dernier, c'était le seul textile connu, pour les toiles à draps. sa culture était annuelle; vers la fin de juillet il était arraché; les tas, pour bien les sécher se mettaient en faisceaux; lorsque les tiges étaient très sèches, on les mettaient dans la rivière pendant le mois d'août (Il devait polluer la rivière, car pendant ce mois-là il était défendu de se baigner). Ensuite il était à nouveau séché, puis passé dans le four à pain; lorsqu'on le ressortait, il était passé dans: des sortes de battoir qu'on appelaient "la barque"; il ne restait que le fil, que les femmes filaient à la quenouille et les tisserands en faisaient la toile.
J'ai vu les derniers tisserands de Saint-sozy au travail. Le village était très vivant, car l'artisanat en avait fait un petit centre groupant les villages environnants. on trouvait tous les métiers du bâtiment: maçons, charpentiers, menuisiers, couvreurs, charrons, plâtriers et peintres, forgerons et serruriers; plusieurs ateliers de tailleur dont le matériau principal était la bure faite avec la laine des brebis, filée et tissée sur place. Des couturières en ateliers et des couturières à domicile, celles-ci étaient nourries par l'employeur et gagnaient quelques sous par jour, de sept heures du matin à huit heures du soir; des modistes, les femmes portaient des chapeaux (une femme ne devait pas entrer à l'église sans chapeau), un pour l'hiver en feutre, un pour l'été en paille. Elles n'en changeaient pas tous les ans, mais toujours le jour de Pâques pour l'été, le jour 4e la Toussaint pour l'hiver. La génération de ma gand-mère, portait encore la coiffe blanche en fin tissu avec un étrout volant tuyauté au fer, bien amidonné, avec un grand noeud sur le côté. lorsqu'elles perdaient un des leurs, très proche parent, c'était la coiffe de crêpe noire, parfois tout le reste de leur vie. Pour faire ces coiffes, il y avait des artisanes spécialisées.
Et le barbier ! Les hommes se faisaient raser une fois par semaine.
Des cordonniers et des sabotiers. Nous allions à l'école avec des sabots ou tout bois ( les éclops ), ou semelles bois et dessus du cuir très dur. Tous ces artisans habitaient autour de la place ou dans les petites rues autour.
Les foires, les très renommées foires du 12 de chaque mois, attiraient beaucoup de monde. On y amenait du bétail à pied, de tous les pays environnants. Les paysans achetaient des boeufs maigres, ils leurs faisaient faire les labours et les semailles, ainsi que tous les charrois nécessaires à l'exploitation, l'hiver, ils les engraissaient. Cette viande était très recherchée. Les foires d'hiver étaient les plus importantes. L'été, et tout le temps, on amenait des moutons, des cochons. Les acheteurs venaient de très loin; sur le champ de foire, on entendait les vendeurs se dire entre eux : "les parisiens, les marseillais, les bordelais, les toulousains sont venus. Tenons-nous..." . Les marchés se faisaient bruyamment et étaient conclus par une tape dans les mains en disant : "tusto oqui", ensuite, on allait boire "le vinago". Le soir, le bétail était embarqué soit à la gare du pigeon, soit à Rocamadour. Des forains se disputaient les places au bord de la route. On y trouvait de tout : des habots, des tissus, des chapeaux, de la quincaillerie, des gâteaux, des oranges et même des marchands d'almanach et de chansons! Un charretou baché tiré par un pauvre âne maigre, c'était à la fois sa maison et avec sa femme tout ce qu'il possèdait, avec un vieil accordéon. Que de monde à ces foires! Pour passer, il fallait bousculer les gens et tous ces hommes dans les cafés et les auberges! C'est à cause de ces foires qu'il y avait eu ici 7 cafés ou auberges et toujours plein. C'est souvent que tard le soir, on voyait les clients repartir en chantant. Les auberges avaient les salles et les cuisines au premier étage, le rez-de-chaussée étant pour les écuries. Puis ces foires allèrent en déclinant lorsque les camions purent aller jusqu'aux étables pour acheter les bêtes et les paysans n'eurent plus l'avantage de l'offre et de la demande. Au 19ème siècle, des arrêtés municipaux interdisaient les ventes directes de l'étable à l'acheteur; tous les animaux devaient passer par la foire.

Les foires
texte ancien

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Jusqu'à la construction du pont vers 1855, la principale rue était ce qui va du fond des " Combelles " en passant devant l'ancienne école, la maison " Lahitte " jusqu'à la maison " Benne ", le chemin du Port, où, là, on passait le bac en ressortant sous le porche du couvent, le " Barry ", de Meyronne, etc.

Pont
pont sur la Dordogne

C'était la voie de Souillac à Gramat, là où passaient les transports de l'époque, ainsi que les diligences. La route actuelle qui passe du "Marquisat" à "Pagès" fût construite en prolongement du pont actuel. Moi, je n'ai connus ces détails que par mes ancêtres, mais j'ai bien connu la vie des gens du début du 20ème siècle.

Economiquement , les artisans vivaient de leur travail à condition qu'ils puissent avoir un jardin et quelques ares de terre pour élever un cochon, une chèvre et quelques poules. Il y avait les petits propriétaires, qui eux avaient: une paire de boeufs, un cheval ou un âne, pour travailler leurs champs, leur cochon et leurs poules, mais ils vivaient chichement. Et puis, il y avait les châtelains qui possèdaient de nombreuses métairies, exploitées par des familles qui souvent se succèdaient de père en fils. Ils donnaient la moitié de leurs récoltes à leur patron, l'autre moitié payait leur travail.
Ces gros propriétaires occupaient aussi de nombreux domestiques et tous étaient soumis car ils redoutaient d'être remerciés. Les artisans aussi dépendaient d'eux, car leur déplaire, c'était aussitôt perdre toute cette clientèle. Au siècle dernier les "nobles" de Saint-Sozy étaient les De Boutières et les De Garderens, ceux-ci ont disparu à la fin du siècle dernier. Les De Boutières ou leurs héritiers les De Padirac, furent-là jusqu'à 1920. ceux qui ont vécu l'époque des De Boutières reconnaissaient que tout en défendant leurs idées, ils savaient être charitables. A cette époque la municipalité était de droite et les jours d'élection, domestiques et métayers devaient passer chez le patron chercher leur bulletin de vote. Beaucoup ne savaient pas lire et mettaient dans l'urne le bulletin reçu. Il n'y avait pas alors d'autre parti que les Républicains (les Rouges) et la droite (les Blancs), comme on disait alors.
Certaines élections de la fin du siècle furent houleuses, rien ne fut épargné. La droite distribuait des cadeaux (des pièces,des morceaux de lard), les Républicains s'unissaient et certains eurent le courage d'attendre sur la route ceux qui venaient de chercher leur bulletin chez les patrons et de leur donner l'autre à la place. Pour la première fois, la gauche l'emporta. Depuis il y eut bien quelquefois quelques panachages.

Pour moi, l'école dût commencer vers 1912. L'école communale des filles était alors au château, celui où est l'horloge. La salle d'école était au premier étage et une salle du bas servait de mairie (cette mairie avait de la classe avec sa voûte, son dallage en pierre, sa grande cheminée de pierre surmontée du drapeau et de Marianne). Le château appartenait alors à la commune, il fût vendu lorsque la nouvelle école fût terminée; des réparations importantes dépassaient les possibilités du budget. La mairie, où elle est à présent, était auparavant le presbytère, mais depuis longtemps il n'y avait plus de curé à demeure à Saint-Sozy. Je reviens à vers 1912 et à mon école. Nous étions toujours en rivalité avec l'école libre qui continuait de fontionner avec des religieuses sécularisées. Il y avait entre leurs élèves et nous une qrande animosité qui était bien entretenue de part et d'autre. Le soir après l'école, nous allions ensemble au bord des chemins qardant chacun notre chèvre. Nous allions ensemble au catéchisme, mais à l'église nous ne nous mélangions pas. Pourtant après le salut du saint-sacrement, nous disions avec elles: "des écoles sans Dieu et des Maîtres sans religion, délivrez-nous Seiqneur". A la demande de l'Eglise, certains livres scolaires, certaines histoires de France devaient être supprimées sous peine d'excommunication, ce qui nous donnait des visions infernales. L'école libre qui était pour les filles petites et grandes jusqu'au certificat d'études dût se recycler en école maternelle mais ne dura pas très longtemps.
Tous les jours de 11 heures à midi, nous allions au catéchisme et petit à petit nous fûmes enrôlées dans la chorale, cela nous plaisait beaucoup, car les répétitions nous donnaient l'occasion de sortir et nous aurions bien voulu qu'on honore un saint tous les jours. Cela faisait quand même pas mal de soirs à la prière à l'église. Il y avait le mois de mars pour Saint Joseph, mai pour la Sainte Vierge, juin pour le Sacré Coeur, octobre pour le Rosaire, décembre pour l'Enfant Jésus et pendant le Carême le chemin de la Croix tous les vendredis. Nous avons assumé ces hommages jusqu'à notre mariage, ce qui nous valut une bien belle cérémonie. Nous devions aussi aller aux deux messes du dimanche et aux vêpres l'après-midi, mais après ces vêpres nous avions la permission d'aller sur le pont de Meyronne.
Je parle toujours de nous, car nous étions 4 filles du même âge dans le bourg, nous nous entendions bien et étions toujours ensemble.

Lorsque la guerre éclata en août 1914, j'avais 7 ans et demi. Je revois encore ce jour-là. Les gendarmes à cheval portant les ordres de mobilisation, les cloches qui sonnent le tocsin, les femmes qui pleuraient et les hommes pleins d'enthousiasme et criant: "A Berlin, à Berlin, nous serons revenus avant un mois". Il y en eut tant qui ne revinrent jamais. Du coup, nous ne fûmes plus tout-à-fait des enfants. Nous étions anxieux comme nos mères, nous guettions le facteur et la femme qui portait les téléqrammes. De loin nous savions quand c'était un malheur. Elle cachait le télégramme sous son tablier bleu et son mouchoir à la main, elle pleurait. Nous étions tendus, regardant où elle se dirigeait; elle assurait cette pénible fonction à la place du maire: Monsieur Montin qui était infirme. Et pendant quatre ans, lorsque nous recevions une lettre datant souvent d'une semaine, nous disions: "ce jour-là, il était encore en vie". Tous les 4 mois, les soldats avaient une permission de 10 jours, mais ils étaient peu bavards. Les journaux donnaient bien les nouvelles des batailles, mais comme la correspondance était adressée à des secteurs postaux, nous ne savions jamais où ils étaient et ils ne devaient pas le dire. Lorsqu'ils arrivaient en permission après 4 mois passés dans les tranchées, dans la boue et le froid, ils étaient couverts de vermine et de poux. Je me souviens de mon père, lorsqu'il arrivait la nuit, il nous appelait et nous demandait d'envoyer des habits par la fenêtre. Il se déshabillait dehors et laissait-là son uniforme. C'est dans l'eau bouillante qu'on jetait vareuse, capote, veste et malgré ce traitement, il nous en restait en souvenir. Comme conséquence d'une de ces permissions, il m'arriva une petite soeur en octobre 1917. Il fût bien question de ne pas me faire terminer l'année scolaire, mais le prestige du certificat d'études, me valut d'aller jusque-là. Mais il fallait bien garder la petite soeur, ma mère et mon vieux grand-père avaient beaucoup de mal à assurer l'indispensable. Je quittai donc l'école avec regret mais consciente de cette nécessité. A ce moment-là, ni pour mes camarades, ni pour moi il ne pouvait être question de nous envoyer à l'école primaire supérieure, pas de moyen de transport, pas de pension et pas d'argent.
En ce 11 novembre 1918 où cette guerre prit fin, ce fût l'allégresse; mais comme dans presque chaque famille il y en avait qui ne reviendrait pas, à la joie se mêlait la tristesse. Et tous ces pauvres soldats survivants à qui on avait fait croire que cette guerre serait la dernière, et dans leur misère ils s'étaient soutenus en disant "nos enfants ne verront plus ça". Et la vie se réorganisa petit à petit. Il y eut ceux que la guerre avait ruiné et il y eut les nouveaux riches. En spéculant sur la misère, certains avaient fait des fortunes. ils menaient une vie scandaleuse, et ils faisaient taire ceux qui essayaient de le révéler par des écrits où chacun croyait se reconnaître.

Ici à Saint-Sozy, on pouvait dire que la société se révèlait. Les propriétaires de nombreuses métairies furent appauvris par les mauvais rendements de leurs terres, occasionnés par le départ des hommes à la guerre. Ils durent vendre. Maître Lamothe, qui était alors notaire à Saint-Sozy avait décidé qu'il fallait que ces terres appartiennent à leurs métayers. Il prévoyait l'inflation, il les aida à trouver de l'argent, mais à beaucoup, les grosses dettes faisaient peur, et ce qu'ils ne purent acheter fut acquis par les petits propriétaires qui agrandirent leur patrimoine.
Cet après-guerre fut aussi le temps de la grande émancipation de la femme. Elles osèrent raccourcir leurs jupes, laisser voir leurs bras nus, délivrer leurs corps du corset, couper leurs cheveux, fumer la cigarette, danser le charleston; on les appela les "garçonnes". Toute cette audace leur attira des critiques très dures. Mais elles commencèrent à réclamer l'égalité de la femme dans le travail, leur accès aux universités et le droit de vote (ce droit ne leur fut accordé qu'en 1946). Ces modes arrivèrent à la campagne, à notre tour nous osâmes aussi couper nos cheveux malgré les allusions des dames bien pensantes. Pour vous donner une idée de la rigueur des apparences, sachez que pendant des années nous ne devions pas entrer dans l'église avec des manches au-dessus du coude. Mais les vieilles coutumes résistaient et malgré quelques audaces, notre jeunesse fût très semblable à celle de nos mères. Comme nous ne connaissions pas autre chose, nous étions heureuses comme ça, nous trouvions tout naturel que nos mères nous conduisent au bal et à la fête. A la fête à Creysse, nous allions le soir, à pied bien entendu, avec quelques mamans qui semblaient se dévouer; à celle de Meyronne, la journée sans mentor, mais le soir avec les accompaqnantes. Les fêtes à Saint-sozy se préparaient toute la semaine. Le lundi matin, une corne appelait les ménagères, c'était Jeannot: "Lou pilaïré" , qui arrivait avec un assortiment de vaisselle qu'il étalait sur la place, c'est avec cette monnaie qu'il payait les vieux chiffons que les femmes avaient rassemblé depuis l'année précédente. Puis le mardi, le rétameur avec sa roulotte qui s'installait aussi sur la place pour plusieurs jours. La batterie de cuisine d'alors était en fer blanc, soit en cuivre, qu'il fallait rétamer souvent. Il faisait aussi des cuillères en étain en coulant dans des moules de l'étain en fusion; il. était aussi chaudronnier et moulait des chaudrons en tapant au marteau sur des feuilles de cuivre. Pour les femmes, c'était la semaine du grand nettoyage, souvent le seul de l'année; nous frottions avec entrain les carreaux et les cuivres, parfois nous poussions le raffinement jusqu'à laver
le plancher avec la désapprobation de mon père qui nous assurait que ça le ferait pourrir. La mairie faisait aussi nettoyer la place, le seul nettoyage de l'année, puis on plaçait les guirlandes, les drapeaux et les lampions en papier que nous trouvions si jolis. Le samedi jour de la cuisson du pain, après avoir sorti la fournée de 4 heures, dans ce four encore chaud, c'était la fournée des gâteaux que nous appelions des "biscuits". Ils se faisaient dans des moules très hauts et crantés, ils devaient être enfournés tous en même temps, cette pâte composée d'oeufs, de farine et de sucre ne supportait pas d'attendre. Sur la place, ce samedi-là, vers trois heures et demie, un étranger qui serait passé se serait étonné de ce bruit qui sortait de toutes les maisons comme un roulement de tambour. C'était le moment où l'on battait les oeufs pour les "biscuits", au moins deux douzaines par famille, et on les battait à la fourchette ou au fouet, selon l'énergie des ménagères, et si au four on avait des retardataires, ce qui risquait de tout compromettre, alors quelle réception Mesdames!
Et le soir la musique arrivait, environ six musiciens avec des cuivres, tambours et grosse caisse; nous trouvions cela sublime, et les premières mesures nous transportaient. Le dimanche matin, les garçons de la classe, ceux de vingt ans, partaient avec la fanfare faire des aubades, jouant devant chaque porte l'air qui leur était demandé et chacun donnait son obole qui servait à payer la musique. Les filles de l'année avaient droit à un bouquet et à une aubade plus longue. Le papa devait se montrer généreux et payer la tournée. L'après-midi et le soir jusqu'à minuit, pas plus, c'était le bal. Les gens du pays invitaient beaucoup de monde, c'était l'occasion de réunir les familles et les jeunes n'oubliaient pas les cousins et les cousines des cousines, ce qui a eu donné chez moi jusqu'à onze filles.
Nous couchions entassées dans la même chambre, parlant et riant beaucoup, attendant avec impatience le bal du lendemain.

La fête de Saint-Sozy avait lieu le premier dimanche de septembre et celle de Meyronne le huit septembre, fête de la Nativité, était toujours dans la semaine qui suivait celle d'ici, parfois même le lendemain. C'était donc le moment des grandes attractions annuelles.

Fete en 1932
Fête à saint-Sozy en 1932

En dehors de ces fêtes, l'hiver surtout, il nous prenait l'envie d'organiser un petit bal improvisé dans l'après-midi pour le soir. Nous dansions dans une petite salle de café, comme orchestre nous appelions le père d'une de nous, il était charron mais jouait de l'accordéon, sans beaucoup de talent, mais cela nous suffisait. En tout sept à huit filles, les garçons de Sai'nt-Sozy et si nous pouvions le faire savoir, ceux de Meyronne et parfois ceux de Creysse. Nos mères bien sûr, nous accompagnaient et il fallait rentrer avant minuit.
Je dois parler aussi d'une distraction d'un autre niveau. Nous faisions souvent du théâtre, soit sous la direction des instituteurs, soit, et cela dans l'esprit de concurrence, au couvent, dirigé par l'ancienne soeur enseignante, mais sans élève, qui nous faisait jouer deux fois par an. Cela nous plaisait beaucoup, nous étions ravies que l'on s'occupe de nous. Nous avons parfois donné des représentations pour avoir de l'argent, pour réaliser des projets qui dépassaient les possibilités du budget communal. Nous avions été élevé dans le culte des morts de la guerre. La population fit élever le monument qui est sur la place, mais il manquait l'argent pour faire la grille. C'est nous, les jeunes en jouant qui l'avons gagnée. Par d'autres représentations, nous avons pu. acquérir une importante bibliothèque publique qui faisait notre orgueil. Elle était dans une salle du chateau-mairie et pendant la débacle et l'occupation, il passa, il vécu tant de monde là-dedans que tous les livres disparurent. Comme vous voyez nous savions occuper nos loisirs, mais il y avait aussi et surtout le travail.
Après cette guerre de 14-18, notre génération supporta les effets de tous ces boulversements. Mes amies, filles d'artisans restèrent ici en apprentissage chez les couturières ou modistes de Saint-Sozy, moi je dus aider au travail de la terre et j'ai travaillé durement. Comme beaucoup à la campagne, les petits propriétaires avaient aussi de petits métiers. Mon père avait appris le métier de coiffeur et sa boutique était ouverte le mercredi soir, le samedi à partir de midi et le dimanche. Peu d'hommes se rasaient chez eux, les plus soignés le faisaient faire deux fois par semaine, mais les plus nombreux une seule fois et certains tous les quinze jours. Quand la mode des cheveux courts est arrivée pour les femmes vers 1926, mon père ne voulut pas s'en charger. Il m'apprit alors la coupe et glanant quelques leçons par-ci par-là pour l'ondulation au fer qui était la seule à l'époque, je devins coiffeuse. Mes camarades étaient très heureuses de me servir de modèle, ce qui me permit d'apprendre très vite. Puis la mode évoluait, les indéfrisables et les teintures se vulgarisaient, alors je dus me recycler et apprendre le métier sérieusement. A Brive, un coiffeur donnait des leçons payantes et grâce à un car qui faisait le trajet, j'y allais trois fois par semaine. J'eus très vite une grosse clientèle et j'ai beaucoup aimé mon métier. Mais il faut que je revienne sur les coutumes de ma jeunesse. Les gens gardaient des noix pour faire leur huile pour l'année, il y avait alors un
pressoir à huile dont un cheval actionnait le mécanisme. Pour préparer ces noix il fallait les casser et les sortir de leur coquille, c'est ce que l'on appelait le "dénoisillage". Comme c'était monotone, les gens se rassemblaient pour les veillées chez les uns et les autres pour ce travail. Les jeunes étaient invités partout, car on nous faisait chanter, les vieux racontaient des contes; vers minuit, lorsque le travail était terminé, nous cassions la croûte et nous faisions des jeux.
Pour les vendanges c'était la même chose, les gens s'entraidaient; toutes les familles avaient une petite vigne dans le"Pech Grand" pour avoir le vin pour l'année. A midi, nous mangions un casse-croûte à la vigne et beaucoup de raisins et le soir c'était la fête. Menu habituel: civet de lapin, haricots, salade, tarte. La cure de raisins de la journée nous tracassait bien un peu le ventre, mais nous avions faim.
L'hiver dans chaque maison on tuait le cochon, c'était la grande réserve de viande pour l'année que l'on conservait au sel ou sous la graisse. Ces cochons étaient élevés avec des nourritures choisies: pommes de terre cuites, châtaignes, maïs. Les étables étaient souvent tout à côté de la maison afin que rien ne se perde, on leur réservait même les eaux de vaisselle et c'était à qui aurait le plus beau lard. On l'abattait sur place et l'on faisait appel aux voisins pour le tenir le temps de le saigner. Une femme recueillait ce sang dont on faisait les boudins: on faisait cuire avec des légumes et des épices de gros morceaux de viande assez grasse que l'on mélangeait ensuite avec le sang, puis on les enfilait dans le gros intestin. On les mettait à cuire dans l'eau où l'on avait cuit la viande et c'est après, avec cette eau que l'on faisait la soupe. La coutume voulait que tout le village vienne avec sa soupière remplie de pain coupé en fines tranches, tremper la soupe de "gougat".
Parmi les coutumes il y en avait quelquefois de cruelles. Lorsque un veuf ou une veuve se remariait, les jeunes leur faisaient le "charivari", d'autant plus fort, quand pendant le veuvage ils n'avaient pas su garder toute leur dignité. Et ils tapaient sur des chaudrons, des tambours, soufflaient dans des cornes et ça faisait un tel bruit que, si par exemple, il y en avait un à Lacave, on l'entendait d'ici. Cela commençait (c'était le soir) à la publication des bans jusqu'au mariage. Et le dimanche après-midi, c'était la réplique de la noce et chaque participant devait imiter un personnage. Après la guerre de 14-18, il y eut beaucoup de veuves de guerre très jeunes qui se remarièrent, mais on respectait leur deuil et personne n'aurait eu l'idée de leur faire le charivari.
Il y avait une coutume qui pouvait devenir dramatique, si une imprudence laissait deviner un adultère, pour le faire savoir, un matin un chemin de paille allant d'une maison à l'autre des partenaires, apprenait la chose à tout le village, mais aussi hélas aux époux trompés. Jamais l'auteur n'a laissé son adresse, on appelait ça "lo pollïade". J'oubliais de vous parler de la lessive, la machine à laver actuelle a changé la vie des femmes. Vous ne pouvez pas imaginer ce travail. Les femmes portaient-de la lingerie en toile de coton que l'on appelait le "calicot"; par lingerie on entendait, des chemises très chastes: du cou aux genoux, des culottes de la taille aux genoux, des jupons
avec des volants, des chemises de nuit et les hommes souvent des chemises de toile blanche; et tout ce linge devait bouillir, ainsi que les serviettes, les nappes et draps en grosse toile. Nous avions de grands baquets dans lesquels nous mettions notre linge classé à tremper, il était savonné et pendant,cette opération nous préparions dans un chaudron de cuivre une (lessive avec des cendres et de l'eau et des cristaux de soude, on faisait bouillir; les cendres se déposaient au fond du chaudron, on filtrait et remettait à bouillir. Le linge savonné nous le mettions dans un grand baquet appelé le "cuvier", les grosses pièces au fond et avec une casserole nous arrosions pendant plusieurs heures avec la lessive bouillante qui était récupérée qrâce à un trou au fond du "cuvier" et remise à bouillir. Ensuite avec des brouettes, nous allions le rincer à la Dordogne. Pour cette lessive-là, nous attendions d'avoir une vingtaine de draps, nous attendions autant que possible qu'il ne fasse pas froid, car pour laver ces gros draps nous rentrions dans l'eau pour les secouer. Les vêtements de travail, les tabliers et la couleur, après les avoir trempé et savonné, nous allions aussi rincer à la Dordogne, mais ça c'était toutes les semaines.

Berges de la Dordogne
Laver le ligne dans la Dodogne

Les gens de sur le Causse venaient une fois par an pour rincer cette grande lessive à la Dordogne. Il y avait une centaine de draps, ils venaient avec un cheval et la charrette, quatre ou cinq voisines et ils s'entraidaient. Après, nous eûmes des lessiveuses que l'on mettait directement sur le feu et qui s'arrosaient toutes seules et l'on trouvait des lessives toutes préparées. Pendant l'occupation, le savon était si rare que nous en fabriquions nous même avec des graisses d'abattoir et de la soude caustique que nous devions parfois aller chercher très loin à bicyclette.

Je peux vous parler maintenant de la vie de la famille.
Commençons par le mariage. Dans la génération de nos parents, dans le milieu rural et artisanal, souvent depuis longtemps, les familles avaient arrangé ça. Le fils aîné devait rester à la maison avec ses parents et on le mariait avec une cadette qui venait vivre avec eux. S'il n'y avait qu'une fille c'était un fils cadet qui devenait le gendre pour continuer l'exploitation agricole ou artisanale. Ils vivaient ensemble s'entraidant, se supportant mutuellement y mettant souvent de la bonne volonté de part et d'autre; c'était dans les moeurs... mais surtout il était impossible de faire autrement, ils n'en avaient pas les moyens. C'était donc celui qui restait à la maison qui soignait ses parents (car tout le monde mourrait chez soi), les retraites alors n'existaient pas et quand les parents ne pouvaient plus travailler ils devenaient une charge matérielle pour cet aîné. Comme compensation, il existait une forme de droit d'aînesse qui donnait à l'aîné le 1/4 de la totalité des biens et ensuite sa part des 3/4 restants.
Mais les mariages n'étaient pas toujours préparés par les parents. Parfois des jeunes voisins s'étaient choisis depuis toujours, d'autres fois des rencontres aux fêtes votives ou aux foires. Par quelques rumeurs, les parents l'apprenaient et si tout convenait, les démarches officielles n'étaient pas trop difficiles. Mais quand les parents n'approuvaient pas, si le mariage avait lieu sans leur consentement, c'était la rupture avec les parents (si pour ma génération ce fût un peu moins rigoureux, nous étions bien loin des moeurs actuelles). Pour nous comme pour mes parents, les rites se continuaient. C'était la demande en mariage du garçon aux parents de la fille, puis les fiançailles (on appelait ça "arranger le mariage"). Il était question bien sûr d'argent et de l'organisation de la fête. Et ce jour là,
c'était d'abord le cortège à la mairie et à l'église, à pied bien sûr, même si l'on venait de plusieurs kilomètres Tout le monde devait être bien habillé, souvent les pères ressortaient le costume noir de leur mariage; encore au début du siècle précédé par un joueur de vielle, toujours la même ritournelle. Si je ne peux vous donner l'air, j'en connais les paroles "Té ménoren pïoucelo béléou- Té ménoren pioucelo". Le mariage avait toujours lieu le matin, à midi le repas se faisait à la maison de la mariée, avec la famille des deux époux, les parents et amis. si la maison était trop petite, c'était dans une grange ou un hangar dont on recouvrait les murs avec des draps de lit blancs garnis de verdure. Les repas étaient copieux mais simples. Des potages, des poules au pot, des pastis garnis de salsifis et
de viande, des poulets rôtis et de la salade, le fromage et traditionnellement le gros massepain et la crème anglaise.
Pendant l'après-midi on dansait dans quelques cafés avec l'accordéon et le soir c'était encore un repas. Les voisines aidaient à la cuisine. Le repas terminé, on enlevait les tables et on dansait. Pendant le bal, les mariés s'éclipsaient en douce pour aller passer la nuit de noces dans une chambre préparée à l'avance par un complice dans le plus grand secret. C'était une coutume très ancienne, la noce devait les trouver et leur faire boire du vin chaud au lit.
Parfois les recherches échouaient pour la plus grande joie des mariés et le grand dépit des autres.
Et pour que la vie continue, bien sûr on faisait des enfants. On ne parlait de ces choses-là qu'à voix basse et les femmes faisaient tout pour cacher leur état le plus longtemps possible. Elles accouchaient à la maison. Lorsque mon fils est né, il y avait alors des sages-femmes diplômées, mais la génération d'avant, quelques femmes dans le village ayant été initiées par une ancienne en faisaient la fonction et il mourrait des femmes en couches soit d'hémorraqie soit de fièvre puerpérale car il était impossible de respecter l'hygiène nécessaire. Pour les bébés c'était la même çhose et les plus forts résistaient. Dans notre région on couchait ces petits dans des berceaux très
bas. Les montants avaient à peine 50 cm de haut, reliés à mi-hauteur par des barres de bois qui supportaient des arceaux. Le haut et le bas étaient reliés par les pieds par une planche en arceau qui permettait de bercer l'enfant avec le pied tout en étant assis. Dans le berceau une paillasse remplie de feuilles de hêtre (cette feuille seulement) car le pipi ne la pourrissait pas. Il en fallait plusieurs, car lorsqu'on changeait le bébé on faisait sécher devant le feu de cheminée celle qui devait servir pour la prochaine rechange. Sur cette paillasse on mettait d'abord un lange de
laine, puis un en fil, sur celui-ci un petit chiffon de fil "lou pilhou" pour recevoir le caca. Le bébé était posé dessus, les bras le long du corps, puis roulé dans ses langes, bien épinglé du haut en bas, on aurait cru voir une momie. Par-dessus une couverture, une sangle reliait tout ça au berceau d'un côté à l'autre et même si le berceau se retournait, l'enfant ne pouvait pas tomber. Les mamans ou les grands-mères berçaient le bébé avec leur pied, assises en tricotant ou en cousant. Les mamans pouvaient prendre le berceau sous le bras et aller aux champs et leur donner le sein le jour ou la nuit sans les changer chaque fois, car dans ces maisons sans chauffage pour l'alimentation il n'était pas question de donner autre chose que le lait de la mère ou d'une nourrice; s'il n'était pas possible d'en trouver une, c'était une jeune chèvre qui était choisie.
Mon père fut nourri par une chèvre qui, lorsqu'elle l'entendait pleurer enjambait le berceau pour lui donner le pis et il s'éleva aussi facilement qu'avec du lait de femme. C'était exclusivement au sein que l'enfant était nourri jusqu'à douze ou quatorze mois, c'est à la génération de mon fils, vers 1930-35 qu'on commença à admettre le biberon.
Et nous arrivons à la fin puisque personne n'y échappe; là aussi les habitudes ont changé: les gens mourraient chez eux, surtout à la campagne, chaque génération aidant la précédente. Il y avait entre voisins et familles une très grande solidarité. Dans une longue maladie on s'organisait pour aider à passer les nuits et à donner les soins et à la mort, les voisins se chargeaient de la toilette du défunt et de l'organisation des funérailles. Les pompes funèbres n'existaient pas içi et c'était le cheval du voisin qu'on attelait au corbillard, les amis portaient le cercueil, toute la famille était prévenue, les proches et les cousins jusqu'à la troisième ou quatrième génération. Les enterrements se faisaient le matin avec une longue cérémonie religieuse. Ensuite la famille se réunissait à la maison mortuaire pour prendre un repas très simple (que les voisines avaient préparé), qui était suivi d'une prière en commun "pour implorer la grâce de Dieu". Les coutumes du deuil étaient très sévères. Pour l'enterrement et pendant trois mois, pour se rendre aux offices, les femmes toutes habillées de noir, des chapeaux de crèpes noir soutenant un grand voile de crêpe leur voilant la face et descendant au-dessous de la ceinture, ensuite ce voile était rejeté en arrière et cela pendant un an, le chapeau était encore porté toute une année. Pour les hommes c'était un large brassard de crêpe sur un costume noir. Les enfants aussi étaient habillés de noir à partir de dix ou douze ans. Pour le deuil des grands-parents on nous coiffait aussi de crêpe.
Un autre service religieuxqu'on appelait la "neuvaine" était célébré la semaine suivante et là aussi toute la famille se réunissait et un repas suivait cette messe. Et tout cela est révolu le temps d'une génération, ne pensez pas que c'était la vie facile. Si les moeurs et les esprits ont évolué tant mieux. Les enfants qui naissent d'une union libre, ne sont plus des tarés comme alors. Souvent des pauvres filles, qui par naîveté s'étaient laissé surprendre, trainaient toute leur vie ce qu'on appelait une "honte". Mais à présent, si les enfants arrivent c'est qu'on les a voulus et c'est bien (espérons tout de même que cela n'entrainera pas une trop grande débauche).
Pensez tout de-même qu'à tout cela il a fallu s'adapter le temps d'une génération.
En 1910 j'ai vu la première automobile.
En 1913 le premier aéroplane a survolé la vallée.
En 1928 l'électricité arrivait à Saint-Sozy.

Halle

L'ancienne halle de Saint-Sozy


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